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Solidarité-Torture

20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 10:05

Vivre seul, un nouvel Eldorado ?

 Site www.frituremag.info 

La solitude est le mal du siècle. Elle devient protéiforme et va croissant. Selon les statistiques, plus d’un Français sur dix vivrait seul. La lutte contre la solitude était déclarée grande cause nationale en 2011. Un an après, aucune régression n’est constatée : en février 2012 l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) notait une forte progression des personnes vivant seules en France - plus de 9 millions.

par Quitterie Puel sur www.frituremag.info. L'intégralité de l'article sur notre site.

Un rapport de l’observatoire de la Fondation de France publié cet été a noté que presque 5 millions de Français éprouvent un sentiment d’abandon, d’exclusion ou d’inutilité, soit 3% de plus qu’il y a 2 ans. Tandis que le progrès technique permet la multiplication des interactions et diminue les distances géographiques, certaines personnes ne se sont jamais senties aussi seules. Cet isolement relationnel trouverait ses sources dans le délitement croissant du lien social. Qui est concerné ? Comment cette solitude se manifeste-telle ? La solitude est-elle plus prégnante sur certains territoires ? Que révèle-t-elle sur notre société et quelles solutions pourrait-on y apporter ?

Ne pas trouver sa place

La solitude est une situation métaphysique où la personne ressent une distance avec son entourage. La première expérience est vécue par le nourrisson lors la séparation d’avec sa mère. C’est un sentiment irréductible à l’humain - seul face à la maladie et à la mort - qui n’est pas forcément lié à un isolement matériel réel. « La solitude c’est un mal qui attaque ce tissu relationnel, qui le défait, le délite » analyse la Fondation de France. Parmi les Français, 11% n’ont aucun réseau de sociabilisation et peuvent être considérés comme objectivement seuls ; pourtant 21 % déclarent se sentir abandonnés, exclus ou inutiles. Plus que de n’avoir personne sur qui compter, c’est l’impression d’être nié en tant qu’individu qui est le plus difficile à vivre. Ne pas avoir sa place parmi les autres. Bien que ce sentiment soit subjectif et relatif, il n’en génère pas moins une souffrance réelle et profonde. En mai dernier, lors d’un séminaire sur les solitudes contemporaines la sociologue Cécile Van de Velde distinguait solitude et isolement : « La solitude n’est pas l’isolement. Celui-ci répond à un statut tangible, objectivé par des indicateurs de rareté des liens ; tandis que celle-là relève d’une expérience subjective. Le sentiment de solitude peut être conjugal, tandis que bien des modes de vie apparemment solitaires peuvent renvoyer à une intégration sociale effective. » Au-delà du nombre des contacts sociaux, la solitude peut se mesurer à leur qualité : pour 12% des Français la solitude s’explique par le manque de disponibilité et au désintérêt des autres. D’ailleurs, près d’un quart des personnes isolées utilisent les réseaux sociaux.

Pauvreté et précarité, facteurs aggravants

Jusque-là la solitude était principalement liée à la vieillesse. Désormais, nul n’est épargné : solitude des personnes âgées vivant à leur domicile ou en maison de retraite, mais aussi solitude des adolescents, solitude conjugale, solitude du chômeur … La part de la population en situation d’isolement progresse, avec une fragilisation des 30-40 ans, des personnes vivant seules, résidant dans les grandes agglomérations et sur le parc social. Ce rajeunissement ne doit toutefois pas masquer la dégradation de la situation des personnes âgées, en particulier lorsqu’elles sont exposées à la pauvreté : la solitude des personnes âgées a augmenté de manière sensible, passant de 16 à 21%. Chez les trentenaires, elle a été multiplié par 3. La Fondation de France a noté une forte progression de l’isolement relationnel, qui s’étend désormais aux jeunes et aux travailleurs précaires et une extension du risque d’isolement aux foyers ayant des revenus modestes (1 000€ à 1 500€). Le rapport souligne que les victimes de l’isolement sont en général des personnes seules, sans enfant, peu diplômées et qui ont du mal à trouver leur place dans le monde du travail. Si 21% des Français affirment se sentir seuls, un sentiment éprouvé sans distinction de sexe, de profession ou de lieu d’habitation, le chiffre double quasiment chez les personnes ayant des revenus inférieurs à 1.000 euros par mois (38% éprouvent un sentiment de solitude ou d’isolement). Ce qui vient confirmer une enquête de 2011, commandée par la Société saint-Vincent de Paul alors organisatrice de la Lutte contre la solitude, qui indiquait que les adolescents et jeunes adultes se sentaient de plus en plus seuls ou exclus.

Le mythe d’une solitude territorialisée

La part de solitude ressentie varie-t-elle selon l’endroit où l’on habite ? Le taux d’isolement reste inchangé en milieu rural mais il s’accroit dans les grandes villes, passant de 8% à 14%. Cependant il faut noter que la ville a la spécificité d’accueillir de nombreuses personnes seules ; «  Grande ville, grande solitude » disait Francis Bacon. Ainsi, l’INSEE notait une progression des personnes vivant seules aujourd’hui en France, notamment avant 60 ans avec un accroissement marqué entre 30 et 59 ans particulièrement en Ile-de-France et en Midi-Pyrénées.

Mais vivre seul peut être un choix de vie voire un gage de liberté qui n’implique pas fatalement une souffrance. Gérard Amigues, qui a exercé pendant 40 ans comme médecin dans la campagne lotoise, confirme que la solitude serait ressentie plus fortement en milieu urbain qu’à la campagne où la tradition de solidarité est solidement ancrée. Le développement de structures d’accompagnement comme les réseaux de proximité des aides ménagères en zone rurale (ADMR) a transformé considérablement la vie des personnes dépendantes en milieu rural et pallié en partie la disparition du facteur ou des visites à domicile du docteur. Pour Cécile Van de Velde l’existence d’une solitude géographiquement territorialisée est un mythe : « Les enquêtes récentes se rejoignent pour montrer l’absence de structuration territoriale signifiante de ce phénomène. La solitude ne se territorialise pas de façon distinctive entre les zones urbaines, zones périurbaines et zones rurales. Sauf dans les cités HLM. Mais cela est sans doute lié au fait que la solitude relationnelle et sociale se conjugue souvent avec pauvreté, chômage, retraite et peu de diplôme. »

Le travail n’insère plus socialement

Ainsi, en 2012, le travail ne joue plus son rôle d’insertion sociale. La crise économique qui augmente la précarité de l’emploi et des conditions de travail y est pour quelque chose. Les travailleurs pauvres et les travailleurs indépendants sont les plus exposés au risque d’isolement. Et les hommes sont aujourd’hui sensiblement plus fragilisés que les femmes. La raison : leurs sociabilités semblent encore très dépendantes de leur activité professionnelle. Au-delà, 27% des Français en emploi disent ne pas construire des relations autres que strictement professionnelles avec leurs collègues. Nous disposons généralement de plusieurs réseaux de sociabilité, la famille, le travail et les amis constituant un premier cercle d’intégration ; les autres réseaux sont tissés de liens plus faibles. La Fondation de France a souligné que les premiers cercles d’intégration ne jouent plus leur rôle.

Solitude et délitement des liens

Nous vivons plus âgé, nos modèles familiaux sont en mutation, nos déplacements sont plus fréquents et avec la crise économique, l’emploi évolue et se fragilise. L’extension du domaine de la solitude ressort-elle d’une dégradation conjoncturelle, liée notamment à la crise, ou s’agit-il d’un mouvement plus structurel allant dans les sens d’une dégradation durable du lien social et d’une difficulté des individus à inventer leur vie relationnelle et à cultiver leurs appartenances ? Jean-Louis Sirven, bénévole à La Porte Ouverte Toulouse depuis 1979, a pu observer l’évolution de la solitude à travers les entretiens. «  J’ai vu grandir ce processus. Les relations de quartier ou de famille se sont amenuisées. Et le travail ne joue plus son rôle d’insertion sociale. La solidarité a été remplacée par une communication unilatérale qui a dégradé la relation sociale. Les gens retrouvent chez nous l’authenticité d’un lien. Notre association d’écoute non directive en face à face assure une veille sociale qui nous dit qu’un humanisme doit être réinventé. Cette désolidarisation fait sûrement l’affaire du pouvoir mais pas celle de la personne. » L’hyper-individualisme est encouragé, l’assouvissement de ses propres désirs devient prépondérant et cette culture de la réussite individuelle est jointe à l’impératif de la performance.


Les Solitudes en France
Rapport 2012 Fondation de France

11% de Français en situation d’isolement relationnel
9% des Français se sentent inutiles
+ 800 000 personnes touchées en 2 ans
27% ont un seul réseau social
Travail :
38% des personnes ayant des revenus inférieurs à 1000 € par mois éprouvent un sentiment de solitude ou d’isolement
8% des actifs est en situation d’isolement relationnel
Habitat
56% n’entretient pas de relations avec ses voisins au-delà des quelques mots de politesse
HLM : doublement (22%) des personnes isolées
14% des habitants des grandes métropoles en isolement relationnel
Rajeunissement population isolée (moyenne de 54 ans)
21% séniors isolés
C’est en Île-de-France que les personnes habitent le plus souvent seules

La solitude serait le revers de ce que Gilles Lipovetsky appelle la «  seconde révolution individualiste  », encouragée par les sociabilités virtuelles qui se développent via les réseaux sociaux sur internet et valorisent la popularité voire la célébrité. Il faut néanmoins noter que si la solitude numérique existe, les plus connectés sont souvent les plus intégrés socialement. L’humain est un être de relations qui a besoin de nouer des liens avec les autres. Pourtant, l’altruisme est une valeur en déclin et l’autre apparaît de plus en plus comme un obstacle à son épanouissement personnel, comme un concurrent. C’est la « La fatigue d’être soi » d’Alain Ehrenberg, revers de la crise de notre société : une plus grande liberté implique nécessairement une solitude dans nos choix.

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